Édition bilingue grec/français.
Athènes, mars 1985. Tous les jours, ou presque, un vieux poète grec arrache au silence de courts textes qui transfigurent son quotidien. Ce n’est pas un journal qu’il écrit, mais des poèmes, scrupuleusement datés, qui accompagnent sa vie et entrent en résonance avec le monde qui l’entoure. Pour nous, qui aimons sans réserve l’œuvre de Yannis Ritsos, ce livre posthume est un enchantement. Soixante-six poèmes jusqu’alors inédits en français s’y succèdent, comme autant de « galets blancs » remontés des profondeurs de l’âme humaine. À chacun d’eux, correspond un instant de vie, une pensée intérieure, une scène imaginée ou vécue, un regard sur l’existence, le souvenir d’un passé voué à la liberté. Et la preuve, par les mots, que la poésie est plus que jamais essentielle à notre vie.
Extrait :
« Ces galets blancs sur ta table nue
s’illuminent au soleil. Personne ne devine
de quelles profondeurs ils furent repêchés. Personne
ne soupçonne au prix de quelles plongées risquées
tu les as remontés ; au prix de quelles privations
et de quels renoncements tu les arrachas
aux griffes des coraux et des rochers. C’est pour cela
qu’ils étincellent si blancs dans leur humble fierté
AU BALCON Après la représentation il demeura caché au balcon dans l’obscurité. Le rideau est grand ouvert. Régisseurs du théâtre, accessoiristes, éclairagistes démontent les décors ; ils ont ramené au sous-sol une grande lune de verre, ont éteint les lumières, s’en sont allés, en fermant les portes à clef. À ton tour maintenant, sans lumières, sans décors et sans spectateurs, de jouer ton propre rôle.

