Constantinople, 1915 : Manouìl est un diligent homme d'affaires grec-orthodoxe dans la force de l'âge. Il est marié, s'occupe de sa vieille mère et de son jeune beau-frère désargenté.
Il porte l'épithète honorifique de hadji, indiquant qu'il a déjà effectué un pieux pèlerinage à Jérusalem. Mais la lecture dévoile que Manouìl aime le pouvoir, le lucre et le stupre. Il entretient une relation empreinte d'intérêt et de complicité douteuse avec le neveu d'un représentant du pouvoir ottoman, qui a les bonnes grâces du régime jeune-turc : Ibrahim. Avec la complicité de ce dernier, il fomente de crapuleux complots pour amasser argent, femmes, prestige et pouvoir, ne reculant devant aucune infamie pour parvenir à ses fins.
Dans ce roman noir, ce roman érotique et sadique, bruissant des appétits sensuels de ses personnages, Constantinople devient la scène d'un combat implacable et dissimulé entre ambitions, désirs dévorants et vengeances. Mais elle devient également la scène d'un autre combat, celui, métaphysique, entre les forces attractives du bien et du mal au milieu desquelles les personnages du roman se débattent. Il s'agit alors ni plus ni moins d'interroger la possibilité de vivre, de sentir, de respirer même, au-delà des incitations partout présentes de la concupiscence.
La démesure de Manouìl le hadji et sa confiance cynique dans les pouvoirs du crime le mèneront à la ruine. Mais rien de moral dans cette fin: le hadji n'a simplement pas pris en considération qu'à sa volonté pouvait s'opposer, tout aussi sournoise, celle d'une autre personne.
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