Des premiers poèmes, dans les années 1930 – marqués par l’influence du surréalisme – aux dernières oeuvres, dans les années 1980, le parcours poétique d’Odysseus Élytis a fait de lui l’un des très grands poètes grecs, aux côtés de Solomos, Calvos, Palamas, Cavafis ou encore Séféris son contemporain. Il a façonné un langage unique, en puisant dans toutes les strates de la langue grecque : langue savante, démotique, liturgique ou séculaire. Il a également cherché – inlassablement et se renouvelant toujours – à exprimer l’essence du paysage égéen.
« La poésie est l’autre visage de la fierté », écrivait-il et c’est tout naturellement qu’en 2011 on a fêté le centenaire de sa naissance. De nombreuses manifestations lui ont ont rendu hommage tout au long de cette année, en Grèce et à l’étranger. Pour ce numéro 37 de Desmos / Le Lien – premier de l’année d’abonnement en cours – nous avons souhaité esquisser un aspect de son oeuvre: son rayonnement dans des cultures et des littératures très diverses.
Connaissant l’excellent travail de Malamati Soufarapis, qui traduit et édite Élytis à l’Échoppe, nous lui avons proposé de coordonner ce numéro. Le Dossier s’ouvre sur un entretien avec Ioulita Iliopoulou – compagne du poète – qui fait le point sur l’héritage d’Élytis et la postérité de son oeuvre. Vient ensuite le témoignage du poète et traducteur Jeffrey Carson, qui partage son expérience de traducteur et d’ami d’Élytis. Paola Maria Minucci propose, quant à elle, une synthèse sur les écrits théoriques d’Élytis. Ensuite, Nina Anghélidis fait le bilan des traductions de l’oeuvre d’Élytis dans le monde hispanophone ; on pourra également lire sa traduction en espagnol d’un poème d’Élytis. Enfin, la chanteuse et compositrice Angélique Ionatos, dont les chansons sont en grande partie adaptées de poèmes d’Élytis, revient, dans un entretien, sur sa relation au poète, à son oeuvre, à son usage de la langue.
Dans le Face à Face, on pourra retrouver ou découvrir – en version bilingue – des poèmes de différentes époques, dans des traductions de Mamati Soufarapis et Béatrice Stellio-Connolly.
La mise en musique de ses textes a beaucoup contribué à populariser l’oeuvre du grand poète. Pour les Repères, nous avons demandé à notre collaborateur, le musicologue Yorgos Monemvassitis de narrer les conditions de composition par Mikis Théodorakis de l’oratorio Axion Esti, cette œuvre au destin extraordinaire.
Pour clore cette introduction, signalons les principaux événements et publications qui ont marqué l’année consacrée à Odysseus Élytis :
• Syn tois allois, recueil d’entretiens accordés par Élytis de 1942 à 1992, paru à Athènes en novembre 2011, aux Éditions Ypsilon.
• Odysséas Élytis, o Naftilos tou aiona, livre présentant un choix d’images et de textes d’Élytis permettant de comprendre le parcours du poète, paru à Athènes en novembre 2011 aux Éditions Ikaros.
• Me to lychno tou astrou, livre avec CD présentant le programme musical d’un concert donné en Grèce et à l’étranger avec Spyros Sakkas, Georges Kouroupos et Ioulita Iliopoulou.
• Les 2 et 3 novembre 2011 s’est déroulé à Athènes un cycle de conférences sur Élytis, dont la clôture a été marquée par un concert au Mégaro Mousikis.
• L’exposition O kosmos tou Odysséa Elyti, poiisi kai zographiki s'est tenue à Athènes à la Fondation Théocharaki, de septembre à novembre 2011. Un catalogue a été édité à cette occasion. Les illustrations de ce numéro en sont extraites. Nous remercions chaleureusement Ioulita Iliopoulou et la Fondation Théocharaki pour leur aimable autorisation.
Clio Mavroeidakos
Éléments biographiques
Odysseus Élytis est né à Héraklion, en Crète, en 1911. Il est mort à Athènes en 1996. Descendant d’une famille d’industriels de Lesbos, le poète s’installe dès 1914 avec sa famille paternelle à Athènes. Il entame à l’Université d’Athènes des études de droit qu’il n’achèvera pas. Pendant la guerre gréco-italienne (1940-1941), il sera mobilisé et combat au front en Albanie comme sous-lieutenant de l’armée grecque. Il a séjourné à Paris durant plusieurs années ; il a entrepris de nombreux voyages à l’étranger. En 1979, il a reçu le Prix Nobel de littérature.
Ont contribué à ce numéro :
Ioulita ILIOPOULOU a étudié la littérature byzantine et néogrecque à la Faculté des Lettres de l’Université d’Athènes et le théâtre à l’École d’art dramatique d’Athènes. Elle a publié cinq recueils poétiques aux éditions Ypsilon: Καλούς Ενιαυτούς, Μάρκο (1987), Δίδαγμα (1992), Ευχήν Οδυσσέι (1997), Από το Ένα στο Δύο (2000), 11 τόποι για 1 καλοκαίρι (2006). Chez le même éditeur est paru le conte pour enfants Τί ζητάει ο Ζήνων (Prix national du livre de jeunesse 2005). Elle a traduit en grec La défense de la poésie de P.B. Shelley et a écrit la partie poétique de plusieurs oeuvres musicales du compositeur Georges Kouroupos. Elle est l’auteur d’essais sur la poésie et collabore avec l’Orchestre des Couleurs à la programmation de soirées de poésie et de musique.
Jeffrey CARSON a étudié à la New York University et à la Shiller International University. Il s’est installé en Grèce (à Paros) en 1970, où il enseigne au Centre égéen des Beaux-Arts. Parmi ses livres, on retiendra The collected poems of Odysseus Elytis (en collaboration avec Nikos Sarris, 1997 et 2004), Six and One Remorses for the Sky and Other Poems (1972), 49 notes sur la poésie d’Odysseus Elytis (1983), Poésies 1974-1996 (1997). Un de ses articles a été publié dans le volume Seize essais sur « Dignum est » (2001).
Paola Maria MINUCCI est née à Grosseto en 1948. Elle est professeur associée de Langue et Littérature néohellénique à l’Université de la Sapienza (Rome). Elle s’est occupée de poésie (traduction et essais critiques) : Cavafis, Élytis, Anagnostakis, Dimoula, Ganas, Meskos, Mastoraki, Sachtouris, Pièris. Elle a traduit des romans de Vassilikos, Tachtsis et Valtinos. Elle a reçu d’importants témoignages de reconnaissance en Grèce et en Italie.
Nina ANGHELIDIS est née à Athènes en 1934. Elle a vécu à Buenos Aires de 1954 à 2000, année où elle est retournée vivre à Athènes. Elle a traduit en espagnol des textes d’Élytis, Dimoula, Cavafis, Ritsos, Kalokiris et Fostiéris (Argentine) ; une Anthologie de Poésie grecque contemporaine (Cuba) ; deux anthologies de Poétesses grecques contemporaines (Chili) et des traductions d’Odysseus Élytis (Espagne).
Angélique IONATOS est une chanteuse et compositrice grecque. En 1969, alors que sévit en Grèce une dictature militaire, avec sa famille, elle quitte son pays pour la Belgique, à l’âge de 14 ans. Depuis 1981, elle vit et travaille à Paris.
Béatrice STELLIO-CONNOLLY est née en France à Annecy. Elle réside en Grèce depuis 1981. Elle a traduit en français des poèmes de Vrettakos et de Séféris ; d’Élytis, elle a traduit Le Monogramme, une anthologie de poèmes d’amour et l’ouvrage Autoportrait en langue parlée.
SOMMAIRE DU N° 37
DOSSIER
Introduction, biographie et bibliographie
Entretien avec Ioulita Iliopoulou
Jeffrey Carson: Souvenirs de rencontres avec Odysseus Élytis. Senteur de roses et de brise marine
Paola Maria Minucci: Entre prose et poésie: "la voie privée" d'Odyssées Élytis
Nina Anghelidis: L'œuvre d'Odyssées Élytis dans le monde hispanophone
Entretien avec Angélique Ionatos
FACA À FACE
Choix de poèmes d'O. Élytis
Entrée
Que le meilleur soit encensé
Le concert des jacinthes
Le grenadier fou
La fille qu’apportait le vent du nord
Petite mer verte
Extrait du Monogramme
Le pari éternel
REPÈRES
Yorgos Monemvassitis: L’Axion Esti musical, de la poésie à la musique poétique
NOUVELLES LITTÉRAIRES
