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Abécédaire

O comme Olympie

Festival international du film de la jeunesse d'Olympie
Caméra Zizanio



Depuis dix ans, à cette époque de l'année, nos invitations pleuvent sur tous les coins de la planète. Le Festival international d'Olympie, consacré aux films pour les enfants et la jeunesse, se prépare à la grande fête du cinéma à Olympie, sur la terre des dieux, si riche de mythes et d'histoire.
Cette année, pour les dix ans du festival, pour cette manifestation plus importante que les précédentes, nous avons bien du mal à formuler les quelques mots de notre invitation.
Nous arpentons d'un pas lourd les collines nues, la terre noircie, les villages brûlés et déserts.
Les lieux où la présence du passé était si vivante et agissait comme un tremplin, comme un mécanisme automatique qui faisait bouillonner le savoir accumulé et nous armait pour la bataille de la vie, ces lieux n'existent plus.
Comme si nos racines avaient été coupées, comme si nous avions perdu notre bouclier.
Dans ce paysage carbonisé, nous croisons le regard vide des enfants. Ce sont ces mêmes enfants qui chahutaient avec des cris et des rires, et se pressaient aux projections du festival, pour voyager dans la magie du cinéma.
Ce regard-là, nous ne pouvons le supporter. Nous voulons entendre à nouveau leurs voix. Car elles ne sont pas seulement des sons agréables, elles sont aussi le cri de l'avenir. Nous ne pouvons pas reculer. Nous n'en avons pas le droit, vis-à-vis de notre pays, de son histoire, et surtout de ses enfants.
Jamais, dans aucune épreuve, nous ne les avons abandonnés. Les pleurs pour les disparus, la tristesse devant la nature dévastée, renforcent notre âme. Alors nous continuons...
Nous avons toujours dit que la lutte pour la vie et la création se poursuit, mais aujourd'hui, ce n'est plus une lutte, c'est une guerre.
Et cette guerre, nous vous demandons de la soutenir.
Nous adressons un appel à tous nos amis dans le monde, afin qu'ils nous rejoignent au Xe Festival international d'Olympie, et au VIIe Caméra Zizanio (du 1er au 8 décembre) avec les enfants d'Elide.
Pour donner des sons et des couleurs à la réalité muette, en noir et blanc.


Nikos Theodossiou
Traduction: Isabelle Tloupas


Nous avons également fait un lien vers le site de ce festival afin que vous puissiez aller y voir de plus près.
http://www.olympiafestival.gr



le 28/10/2007




A comme Aréopolis

     Cette année, la rentrée n'est pas tout à fait comme les autres, pour nous tous qui sommes liés à la Grèce. A la difficulté du retour – souvent vite dépassée – s'est ajoutée une grande tristesse, l'impression de quitter un ami qui souffre, cette Grèce en flammes impuissante et consternée devant la catastrophe humaine et écologique que furent les incendies du mois d'août. Ceux qui nous connaissent par la Librairie savent que notre lien familial avec le Magne est tenace et beaucoup d'entre vous nous ont écrit ou laissé des messages téléphoniques de soutien: soyez-en remerciés, votre peine sincère pour la dévastation qui a frappé le Péloponnèse et l'Eubée nous ont profondément touchés.
     Il est difficile de restituer le climat d'angoisse qui a régné durant des jours entiers dans notre village et les villages voisins. La plupart des foyers se sont retrouvés sans électricité ni eau ni téléphone. Les mères de jeunes enfants – dont je fais partie – ont recouru à la solidarité des restaurants pourvus de groupes électrogènes: leurs réfrigérateurs ont vu fleurir des petits pots pour bébé et des bouteilles de lait entre les sodas et les bières!
     Le feu a plus touché la côte ouest que la côte est du Magne, mais les familles ont pu "migrer", à tour de rôle, chez des parents habitant sur l'autre côte. Beaucoup de chaleur humaine et de palabres ont présidé à ce mois d'août particulier. Souvent, les téléphones portables se sont affolés car les chaînes de télévision ont surenchéri dans les annonces, parfois infondées. "X brûle! Qu'allez-vous faire?", nous demandait tel ami ou parent, pris de panique devant son poste, à Athènes. Nous devions les rassurer à chaque fois, leur affirmant que tout ce que nous voyions, c'était la fumée, certes menaçante, mais s'élevant de l'arrière de la montagne et portée par des vents contraires...
     Notre village a connu un gros incendie, que nous avons vu grimper sur la plateau de la montagne derrière les maisons, durant vingt-quatre heures, puis redescendre, heureusement sur le flanc le plus pelé, situé entre des maisons. Le ballet des canadairs et des hélicoptères s'est mis en œuvre et la plupart d'entre nous, un peu hébétés par ce fond sonore qui avait quelque chose d'Apocalypse now, nous tenions sur nos terrasses, un tuyau d'arrosage à la main, un foulard sur le visage. Dérisoire humanité citadine, qui ne défriche plus les champs et ne sait même plus éteindre un feu sans secours, à l'instar de ces touristes grecs qui se gaussaient d'ouvriers albanais accourus, des branches à la main, pour mater de petits foyers, sous les directives de leur patron, un habitant permanent du village.
     Grâce aux pompiers, l'incendie s'est arrêté au bord de la route, à quelques mètres seulement de nombreuses habitations noyées dans des oliveraies touffues. Ces hommes et femmes, pas toujours jeunes, pas toujours athlétiques ont veillé jour et nuit, avec héroïsme, il faut bien le dire, placés en différents points stratégiques des lieux. Malgré la fatigue et les blessures – je repense à cette toute jeune femme au front bandé qui tentait de masquer son angoisse –, ils prenaient le temps de rassurer la population et parvenaient même à plaisanter avec nous.
     Pour ce premier parti-pris, l'alphabet coïncidait avec Aréopolis, la plus grande agglomération du Magne et le lieu où, malheureusement, six personnes ont péri, premières victimes des incendies. Ainsi, c'est tout naturellement que nous avons souhaité rendre hommage à ce bourg d'où, rappelons-le, s'amorça la Révolution d'indépendance, le 17 mars 1821. Aujourd'hui, Aréopolis est un carrefour économique et touristique, pourvu de toutes les infrastructures commerciales et hôtelières qui en ont fait un pôle d'attraction. Les incendies ont encerclé la ville d'un désert carbonisé, que dire? Tout ce que nous pouvons souhaiter, c'est que la côte occidentale du Magne se remette de ce terrible été. Et, surtout, que n'apparaissent pas, comme des champignons spéculatifs, de nouvelles bâtisses opportunément situées sur des terrains hier impropres à la construction. On connaît le phénomène, en Grèce et ailleurs.

Clio Mavroeidakos



A l'occasion de cet hommage, nous revenons sur quelques textes parus dans le numéro 23/24 de la revue Desmos/Le Lien, une mosaïque d'images du topos maniote.

Cosmogonie intime


Lorsque la Terre se dégagea de la dangereuse étreinte de l'eau, quelque part entre l’est et l’ouest émergea un lieu empli de cristal, de marbre et de pierre. Avec peu de terre, peu d’arbres, peu d’eau douce. Encerclé par le drap immaculé que, tout autour, déroule la mer écumeuse. Et quand, sur l’aube ou la monochromie du couchant, on posait les yeux, mer, terre et ciel semblaient UN. Et quand le soleil avait suffisamment avancé sur sa voie tracée, ce pays tout entier se fondait dans une lumière rare et s’emplissait d’ombre et de luminosité, de chaleur et de fraîcheur à la fois. Et tout se distinguait et tout se discernait et tout s’incarnait. Et quand, au coeur de midi, ce même soleil frappait lourdement les pierres, envoyait au repos le troupeau, laissait inerte le berger, rendait muets les oiseaux, on voyait toutes les choses de la terre s’éteindre dans son étreinte et l’on voyait comment le souffle de la mer crée ciel et nuée. Et, plus tard, de l’arrivée du soir témoignaient les mille couleurs douces, les mille et un parfums.
Extrémité de ce lieu, fin et commencement, la Grande Montagne. Elle naissait au coeur du pays qui avait un nom d’île, sans être une île, se déployait telle une pointe, se faisait promontoire, et plongeait profondément dans la mer. La mer l’entourait de toutes parts et, là où elle trouvait un passage, creusait ses petites anses avec de gros galets, sourires d’ivoire semés à l’est, au sud et à l’ouest. Là-bas, jadis, dans ses bois, Artémis jouait avec ses biches sacrées et auprès de ses sources,dansaient les Nymphes.

Yannis Mavroeidakos



C'est ainsi que m'a assité le Taygète


C’est ainsi que m’a assisté le Taygète: comme le sein de ma mère.
Il me donnait à boire du sang azuré, âcre, du soleil et de la verdure
jusqu’ à ce qu’il eût endurci mon âme, comme sa pierre,
jusqu’à ce qu’il eût tracé ses ravins profonds dans mon coeur,
qu’il eût formé dans ma vie douze sommets
pour que j’y monte ayant comme rêve unique le soleil.
Comme soif unique le soleil.
Soif profonde, tel un océan,
élevée jusqu’ à la lune.
Soif dont Dieu aurait pitié.
Tout autour de mon coeur, des géraniums, guirlandes de ses précipices,
des crevasses pour les animaux, des rigoles, des sapins et des palombes.
Et un aigle au-dessus de moi qui sabre les nuages.
Et un aigle au-dessus de moi qui fouille les tonnerres,
cherchant à trouver une étincelle ! C’est ainsi
que m’a assisté le Taygète jusqu’à ce que soient nés
en moi les deux enfants de Dieu : la poésie et l’amour.

Nikiphoros Vrettakos
Traduit par Zoé Valassi



Mianès


     Un peu au-delà du cap Ténare, au sommet d’une montagne, se trouve le village de Mianès. C’est le village situé le plus au sud de la Grèce et même de toute cette Europe qui commence à la pointe de la Norvège et à la ville russe d’Arkhangelsk. Il n’y a là ni pins ni sapins. Le village est bâti sur une roche noire, d’un seul tenant. Mais c’est pourtant de là-haut que l’on peut voir l’horizon interminable, avec la mer à perte de vue. C’est en sortant de la mer que le soleil se lève et c’est encore dans ses eaux bleues qu’il se couche. Et ce spectacle, on peut l’admirer sans obstacles, sans que la moindre montagne s’interpose. Le matin, en contemplant le golfe de Laconie et le Levant, l’âme exulte à la vue du lever du soleil. La Méditerranée paraît d’or, infinie. Là-bas au loin, aux heures matinales de l’été, on peut discerner la Crète, pareille à un songe. Le soleil émerge des flots tout près de l’île d’Aphrodite, Cythère. Et le soir, toujours depuis ce même sommet, le couchant demeure inoubliable. Le soleil rouge éclatant, embrasé, sombre épuisé dans les bras de la mer Ionienne et disparaît non loin du cap Akritas, scintillant de mille feux chatoyants, de mille formes. Un peu au-delà du cap Ténare, au sommet d’une montagne, se trouve le village de Mianès. C’est le village situé le plus au sud de la Grèce et même de toute cette Europe qui commence à la pointe de la Norvège et à la ville russe d’Arkhangelsk. Il n’y a là ni pins ni sapins. Le village est bâti sur une roche noire, d’un seul tenant. Mais c’est pourtant de là-haut que l’on peut voir l’horizon interminable, avec la mer à perte de vue. C’est en sortant de la mer que le soleil se lève et c’est encore dans ses eaux bleues qu’il se couche. Et ce spectacle, on peut l’admirer sans obstacles, sans que la moindre montagne s’interpose. Le matin, en contemplant le golfe de Laconie et le Levant, l’âme exulte à la vue du lever du soleil. La Méditerranée paraît d’or, infinie. Là-bas au loin, aux heures matinales de l’été, on peut discerner la Crète, pareille à un songe. Le soleil émerge des flots tout près de l’île d’Aphrodite, Cythère. Et le soir, toujours depuis ce même sommet, le couchant demeure inoubliable.
     Le soleil rouge éclatant, embrasé, sombre épuisé dans les bras de la mer Ionienne et disparaît non loin du cap Akritas, scintillant de mille feux chatoyants, de mille formes.

Pétros Kalonaros
Traduit par Lydia Papandréou




Pour finir, voici quelques belles photos du Magne, prises par un "habitué" de Desmos, Jean-Claude Saut, qui nous a fait l'amitié de nous les envoyer. Nous l'en remercions.















le 17/09/2007




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